mardi 19 juillet 2011

La saga de la Libé - 1-

La "Libé" ... un des derniers grands enjeux d'urbanisme de Nice et objet de toutes les convoitises!

L'enquête publique concernant le permis de construire du projet "lauréat" d'aménagement du site s'est terminée aujourd'hui. J'ai déposé un "dire" et me suis longuement entretenue avec le commissaire enquêteur .. espérons que mes remarques seront prises en compte.

Avant de poster le texte de mon dire je vous propose un bref historique du site de l'actuelle "Libé" .

Cette place a longtemps été le terminus du "train des Pignes", maintenant rebaptisé chemins de fer de Provence.
Elle fut d'ailleurs bien plus que cela avant la dernière guerre, le terminus d'une importante desserte ferroviaire, en provenance des Alpes de Haute Provence et des Hautes Alpes. Et ces trains s'articulaient directement avec les trains de la gare Thiers par une ligne qui descendait le long de la rue des combattants d'AFN et avec les trams sur l'avenue"..

Le site était occupé par plusieurs bâtiments et deux halles ferroviaires. La gare principale a seule survécu à la disparition des vieux trams et des petites lignes de la montagne. C'était un bâtiment étrange composé de deux parties : la halle où entraient les trains et le bâtiment des voyageurs. La halle était une grande verrière dont l'ossature métallique, conçue par Baltard, provenait du pavillon de l'Autriche-Hongrie de l'exposition universelle de 1889. Le bâtiment à la géométrie rigoureusement symétrique et équilibrée avait été dessiné par l'architecte Bobin et sa façade polychrome était incrustée de faiences italiennes remarquables.

La suppression des trams (1953) puis celle de la liaison avec la gare Thiers (1967), ainsi que les suppressions des différentes lignes de trains de l'arrière pays sonneront la fin de l'activité de la gare. Dès 1975 Jacques Médecin n'aura de cesse de récupérer les terrains et de libérer les emprises. En 1991, une gare minimaliste au modernisme sans grâce sera mise en service à l'ouest de la rue Binet et la gare du Sud définitivement désaffectée.

L'aménagement du dernier espace urbain central de Nice a été l'objet de polémiques et d'opérations financières ratées depuis plusieurs mandatures. Les maires successifs - Médecin, Baylet, Peyrat se sont ingéniés à concevoir des projets immobiliers pharaoniques sur les 18 000 m2 du site tout en sacrifiant la gare du Sud sans état d'âme.

Le projet TREMA de Jacques Médecin (centre commercial et 15 000 m2 de bureaux) est stoppé par une affaire de corruption et la Gare du Sud échappe aux bulldozers envoyés par le maire suivant, Honoré Baylet, de justesse, en 1993, grâce à l'intervention de Jacques Toubon, ministre de la culture et de Christian Estrosi, alors député.

Jacques Peyrat, élu en 1995, obtient de l'Etat la cession du terrain pour 83,5 millions de francs (soit près de 13 millions d'euros) et lance un projet incluant la mairie, un énorme multiplexe de 20 salles, des bureaux et commerces et éliminant totalement la gare du Sud.

En novembre 2001 un nouveau sauvetage de la gare est initié par Mme Tasca, Ministre de la culture, à la suite des demandes portées par une délégation de conseillers de l'opposition (Patrick Mottard, Simone Monticelli et moi-même). La façade du bâtiment des voyageurs est inscrite à l'inventaire supplémentaires des Bâtiments historiques... mais la façade seulement.

Après de nombreuses péripéties la gare va être classée dans son intégralité en 2004, avec obligation de la restaurer in situ, par le Ministre de la culture M. Donnedieu de Vabres. Il sera alerté par le remarquable travail de thèse d'un jeune architecte, Mario Basso, et définitivement convaincu - malgré une vive opposition de Peyrat - lors d'une visite du site.

Peyrat et l'architecte Falocci proposent alors un nouveau projet pharaonique qui englobe la gare du Sud avec une halle profondément modifiée dans un monstre de béton au coût astronomique. Dans la perspective de rénovation de la halle, l'ossature métallique est démontée, ses composants soigneusement inventoriés et stockés sur le site des abattoirs.

En 2008, la nouvelle municipalité conduite par Christian Estrosi stoppe net le projet Peyrat et élabore le projet actuellement soumis à enquête publique.

A suivre




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